Prisonnière des glaces

J’ai quitté le petit hameau de Tuktoyaktuk, jeudi dernier, sous un superbe soleil et une brise légère. Les conditions étaient idéales pour reprendre ma route et j’en ai profité pour avaler les milles. C’était à la fois excitant et étrange de longer la péninsule de Tuktoyaktuk que j’avais déjà parcouru en kayak, en 2014 et 2015. Restant à bonne distance de la côte pour éviter les bancs de sable aussi inattendus que traîtres, j’ai lorgné aux jumelles, pendant des heures durant, les différents lieux où j’avais fait escale par le passé. Devant Point Atkinson, je n’ai pu m’empêcher de ressentir une petite pointe de nostalgie. En 2015,  de mauvaises conditions météos  nous avaient obligés, Raphaël Domjan, avec qui je faisais équipe, et moi à séjourner un long moment dans une cabane de chasseurs construite là. Au cours de ces interminables journées, j’avais  attentivement écouté Raphaël raconter son expédition Planet Solar et c’est alors qu’étaient nées mes cogitations autour d’une navigation solaire polaire.

Je n’avais évidemment pas revu cette petite cabane depuis, mais, tandis que je l’observais et qu’elle disparaissait sur l’horizon, j’ai réalisé alors à quel point elle n’était pas simplement  le refuge qui nous avait abrités pendant de longues journées. Entre ses quatre murs l’histoire de cette expédition s’était ébauchée, ça n’est pas rien quand même ! Malgré l’envie que j’avais d’y faire escale, je ne me suis pas arrêtée. Il y a  3 ans, Raphaël et moi avions dû nous débattre entre bancs de sable et vasière, je n’avais pas spécialement envie de réitérer la galère. J’ai donc continué ma route, les batteries étant encore en pleine forme.

Le lendemain, après une brève escale histoire de manger et dormir un peu,  je me dis que la journée va être belle et que je vais pouvoir avaler quelques milles de plus. Le sourire au lèvres, la fleur au fusil, je lève l’ancre et prends la route… Les glaces font leur apparition, mais je slalome entre elles  sans me poser beaucoup de question. Jusqu’à ce que je réalise tout à coup, qu’elles m’ont encerclée. Mine de rien, sans que je m’en rende compte, elles se sont resserrées autour d’Icade. Leur piège implacable s’est refermé. Nous sommes prisonniers.

Pendant des heures, je bataille, je jure, gesticule. Cap à l’Est. je me retrouve vite face à un mur de glaces.  Cap à l’Ouest. Idem ! J’essaye un peu de Nord. Pas plus de chance.  Et en désespoir de cause, un peu de Sud… Rien n’y fait. Icade et moi sommes bloqués dans un immense labyrinthe de glaces où les voies d’eau s’ouvrent et se ferment selon leur bon vouloir. Le calme règne. J’entends juste le chant discret des gouttelettes, signe que les glaces sont en train de fondre. Mais à ce rythme, quand serons-nous libérés ?

Voilà une autre forme d’attente à laquelle je n’étais pas préparée… Alors, pour rendre mon mal en patience, j’ai sorti le drone et en ai profité de ces immenses champs glacés pour faire quelques jolies images . Au moins, tout ne sera pas perdu !

Suite au prochain épisode…

3 COMMENTS
  • virard
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    Nous t’envoyons le beau soleil de France avec de gros bisous.A bientôt Anne.

  • Francis Benveniste
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    Puisque tu ne peux pas les traverser, emmene-les avec toi. Appuie ton etrave sur les glaces et give it all the mighty force of your power plant. Regarde ton GPS, Ca y ést vous etes partis. Merde, Anne, tu le fais expres! Sors de la tout de suite.

  • Christian Rennes
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    Effectivement, mes modestes commentaires ne vous sont pas parvenus. Je les réédite, donc. Vous nous faites vraiment vivre par vos nouvelles vos aventures et palpiter avec vous. Votre talent d’écrivaine est vraiment très plaisant, et je vous remercie de cela bien sincèrement.
    J’ai hâte d’être en congés pour lire vos livres.
    Petite pensée philosophique pour vous encourager (je l’aime beaucoup, c’est un antique proverbe hébreu) : « L’attente différée rend le cœur malade, mais la chose désirée, quand elle arrive, est un arbre de vie ».
    C’est ce que je vous souhaite au plus vite : reprendre votre navigation et continuer votre belle route.
    Portez-vous bien. Kenavo emberr (j’espère que j’emploie bien cet au revoir breton).

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